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Prison de Bang Kwang

Lu par Ludo

jeudi 14 mai, prison de Bang Kwang

Nicolas, je ne serai pas des vôtres, lors du prochain jeudi au théâtre. En effet, je suis en prison en Thaïlande.
Je ne suis pas content du tout, ça n’est pas ce qui était prévu.

Tout commence le lundi 11 mai, jour de la quille, si je puis dire.
Je m’apprête à sortir de chez moi comme tout le monde et là, plus de clef.
2 questions viennent alors à mon esprit : où sont-elles et comment j’ai fait mon compte pour me retrouver enfermé chez moi.
Ne parvenant à répondre à aucune des 2, je finis par me résigner à passer par la fenêtre.

J’habite au 4ème et des voisins me voyant s’écrient « le malheureux, le retour à la liberté aura été trop brutal pour lui ». J’ai beau essayer de leur faire entendre raison, ils ne croient pas en la mienne.
Ils appellent les flics et les pompiers, qui arrivent presque plus vite que la vitesse à laquelle je dégringole les 2 premiers étages, avant de me rattraper in extremis à une serpillière pendue à un balcon. Du moins, c’est ce que je croyais. Il s’agissait finalement d’une voisine… ou plutôt de sa tignasse. Ce sont alors des « au meurtre ! »que j’entends.

Je suis accueilli en bas avec toute l’hospitalité qui s’impose. Ce qui m’est imposé, c’est la camisole. Je suis emmené en fourgon. Sur le chemin, la chance est avec moi : nous nous

percutons avec un camion de sacs de farine. Y en avait pas 50, il a fallu que ça tombe sur nous. Je peux sortir, courir jusqu’au camion – au passage, ce n’est pas facile de courir en camisole, si si essaie tu verras – et sauter la tête la première dans un sac traînant sur la route, m’y enfoncer jusqu’à ce que les pieds ne dépassent plus de la farine. Ça n’est pas facile non plus de respirer dans la farine, essaie Nicolas j’te dis, tu verras.

Le chauffeur avec son collègue me remettent dans leur camion, tandis que les flics, que j’entends depuis mon sac, me cherche évidemment partout.

Nous redémarrons, puis nous arrivons à destination : un entrepôt. Ça décharge les sacs, moi avec du coup. Le problème, c’est que ça les ouvre aussi. Il faut trouver alors l’explication la plus rationnelle, le plus rapidement possible. « Mais qu’est ce que vous foutez-là ? Qui êtes-vous ?! » « Une question après l’autre, voulez-vous, tel que vous me voyez, je suis atteint de la dernière forme en date du covid-19. Je n’ai plus de bras et bientôt mes jambes disparaîtront, jusqu’à ce qu’il ne reste plus de moi qu’un pois, mais surtout c’est extrêmement contagieux et si vous le souhaitez, je peux partager ». Je n’ai pas besoin de répondre à la seconde question. Mes vis-à-vis se carapatent plus vite qu’un cycliste du tour de France.

Mais à peine une dizaine de minutes plus tard, les sirènes retentissent. Ils avaient appelé les condés et il allait de nouveau me falloir trouver de massifs arguments.
Aux agents en bleu face à moi : « Bonjour messieurs, capitaine Trinquier des services spéciaux. Je suis en mission pour le gouvernement. Je reviens du Groenland. C’est là bas que se love une souche spéciale du covid-19, c’est bien sûr un complot. Vous allez m’aider ». « Ah non, là nous ça nous dépasse. On va appeler qui de droit ».
Moins de 20 minutes s’écoulent avant l’arrivée d’agents de la DGSE, les services secrets. On me demande mes papiers, je les avais sous ma camisole. Après qu’on m’ait soustrait à mon habit, je les tends et les prétends comme faux, comme couverture.
Je suis tellement convainquant dans mes explications, que l’on veut me renvoyer au Groenland pour poursuivre « ma mission ».

Après coup, je reste éberlué du merdier formidable dans lequel je me trouvais simplement pour avoir voulu sortir de chez moi. Le plus beau était pourtant à venir.

Je ne peux échapper à mon sort et on me parachute la nuit même au pays des eskimos. Pas les bâtons, les gens. Je n’avais jamais sauté de ma vie et mon manque de dextérité me conduisit sur un ours polaire, pas la peluche, le méchant. Ça n’est pas facile de faire du rodéo dans ces conditions, essaie Nicolas, tu verras. À dos d’ours, je me retrouve rapidement à cul d’ours. Bientôt, je lâche prise et dévale une pente jusqu’à un groupe de pingouins.

Je m’accroche à l’un d’eux dans l’espoir d’un décollage pour quitter cet enfer glacé. Eh ben tu m’crois si tu veux, ça vole pas. À quoi servent les 2 putains d’ailes fournies par dame nature sur le machin ? Par contre ça pince.

M’extirpant de cette hostilité, je trouve enfin un univers civilisé en la matérialisation d’un chalet. Je peux rapidement t’y écrire une carte postale. Pas le temps de s’attarder. L’espion amateur que je suis attire rapidement l’attention et de vrais agents thaïlandais écourtent ma carrière en m’arrêtant. Ils m’emmènent sur un bateau, direction le royaume de Siam.

Je te passe les détails, me voilà en prison. Comment dire, c’est comme un retour au point de départ et finalement, c’est pas si mal. Je suis soulagé. Je n’ai plus à m’occuper de rien, je suis en
congé. Même la soupe aux asticots n’est pas mauvaise. Par contre, aujourd’hui on nous sert du hachis aux cancrelats et ça j’aime pas ça. En plus, ce n’est pas ce qui était prévu, d’où mon mécontentement. J’irai quand même en dire un mot au directeur. Ça ne se fait pas de commettre une entorse au programme, sans prévenir les gens.

En revanche, ils servent une salade avec … je ne sais pas ce que c’est, des espèces de calmars à pattes, c’est excellent ! Si je choppe la recette et si je sors un jour, je te ferai essayer Nicolas, tu verras !

Ludovic

Le langage de la nature

Du coup, j’ai eu un peu de temps pour enfin mettre au propre mon texte. Ce n’est surement pas rédigé dans les règles et je te laisse modifier ce que tu souhaites. 

J’ai notamment enlevé pas mal de didascalies, dont je pense qu’elles prenaient le boulot du metteur en scène.

J’ai mis ça sous 2 formats (ODT et PDF) au cas où tu as un problème pour les lire…

Ludovic